Eric Deshayes "Au-delà du rock"
Il y a à Sciences-Po Paris, rue Saint Guillaume, un amphi dédié à la mémoire d’André Siegfried, qui a décrit le vote en Bretagne selon le type de terroir, granit à droite, calcaire à gauche (les incrédules peuvent se reporter à la bio du monsieur). On se demande si une étude de ce genre n’est pas à entreprendre en matière de musique : après tout, ce n’est pas un hasard si la bossa nova est née à Rio et pas à Dusseldorf. Quoi qu’il en soit, il existe en Allemagne une scène rock tout à fait particulière dont les représentants les plus connus s’appellent : Can, Neu !, Ash Ra Temple, Amon Düül, Faust ou Kraftwerk. Ils sont dans ce livre, en compagnie de formations plus obscures. Ce qui confirme que les éditions Le Mot et le reste, déjà responsable de "Rock pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels" (voir notre article) il y a peu est le contraire d’Allia, qui s’ingénie à publier des livres épais qui font la synthèse d’un genre entier (électro, rap, soul, new wave). Cette maison marseillaise se fait une spécialité de fouiller dans les marges du rock. Et Eric Deshayes, qui dirige le site internet Néosphères montre que cette scène pousse le rock dans une dimension cosmique, hypnotique ou robotique, ce qui devait forcément amener vers d’autres expérimentations, d’autres genres. Le rock se coupa ainsi en partie de ses racines américaines, pour s’en créer de nouvelles, europééennes celles-là, et elles sont encore vivaces puisqu’elles viennent d’inspirer Turzi, qui le revendique sur son récent album, "A". Et quand on écoute les Ecossais Mogwai, leur son a bien plus à voir avec cette musique européenne jusqu’auboutiste qu’avec les bluesmen noirs du delta du Mississipi. *** par "Au-delà du rock. La vague planante, électronique et expérimentale des années soixante-dix", 442 pages, 23 euros. RubriquesArticles similaires
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